Ce qui séduit chez ce Dom Juan des formes plastiques, ce n'est pas tant son humour parfois épais mais la qualité objectivée de son dadaïsme conceptuel. Aucun hasard si ce n'est les aléas de ses recouvrements picturaux. Citations, hybridation des supports signifiants, aller-retours jubilatoires, l'irréductible petit bourgeois bourguignon se joue des sauts de langage, passant d'une démonstration à l'autre, sans excès ni provocation gratuite. Il cherche à nous déboucher le regard et nous ouvre des perspectives postpop qui sans lasser, témoignent d'une grande maîtrise formelle, libérées de la pesanteur Duchamp. L'horticulture, comme l'agronomie mène à tout, même à la pensée visuelle, c'est dire.

http://www.dailymotion.com/video/xtv5uo_bertrand-lavier-depuis-1969-du-26-septembre-2012-au-7-janvier-2013_creation

La mise en scène de mes juxtapositions parisiennes fut complétée par la première partie des chroniques chorégraphiques du - déjà - ancien du CCN de Grenoble : Jean-Claude Gallota. Le "racheter la mort des gestes " est extrait d'un article du Monde écrit par Hervé Guibert en 1984 sur son travail d'alors. Gallota manie le théâtre dansé, le filmage et la mise en abyme sonore comme peu le font : simplement, en puisant sans affectation dans le patrimoine populaire, Lawrence d'Arabie, les péplums, et adossant en fond de scène le spectacle à la vue vidéo depuis le plateau de répétition de Grenoble dans la nuit. Les saynètes suivent, douces et touchantes. Le trop plein d'émotions de Gallota m'avait souvent éloigné de son travail, trop téléphoné, rock de variété à mon goût. Ici, il témoigne de toute son humanité avec son humour distancié et une réelle sensibilité. Bashung est présent, bien sûr, mais pas seulement. L'irruption de la musique d'Henry Torgue sur la reprise d'un extrait de "Daphnis et Chloé" m'a fait couler des larmes sèches, le vinyl habitait ma platine en 1983. J'ai aimé la proposition et son écriture, sous forme de collages, scrapbook dansant dans nos mémoires, nulle part ailleurs qu'au Théâtre de la Ville, devant le public des fidèles du geste chorégraphique, ce pouvait être donné avec tant d'écho et de générosité.

http://www.youtube.com/watch?v=aYlaMv_do7E http://www.youtube.com/watch?v=aYlaMv_do7E

Histoires d'un plasticien,de chorégraphes et d'écrivain. Notre histoire, la mienne aussi. Merci à vous, artistes intelligents et sensibles, vraiment merci, de nous protéger du débordement économique et nous épargner quelques heures de ces chocs que l'on dit stratégiques.