Il n'est pas facile de tenter de réfléchir selon les catégories universitaires, encore moins en sciences de gestion. Pour moi, les sciences de gestion sont "l'art de faire avec", pour mes professeurs, c'est une discipline capable de traiter de tout. En management, la question du contrôle n'est jamais bien loin, aussi ma place en tant qu'artiste dans ce dispositif de production intellectuelle fut logiquement contestée. Pour mieux l'expliquer, je vous livre ici le préambule de mon projet de thèse :

"L’art comme le management contemporain souffrent de préjugés tenaces et parfois leur pratique vient les justifier. De tirer parti de mon expérience de l’un comme de l’autre et de venir éclairer leur confrontation selon une approche académique en sciences de gestion m’a posé un certain nombre de difficultés.

Tout d’abord d’ordre conceptuel : l’artiste que je suis, s’il n’est pas dépourvu de logique, a souvent tendance à privilégier ce qu’il est convenu d’appeler l’intuition. Il m’a fallu donc travailler à dérouler une pensée à la fois linéaire et progressive. L’artiste s’efforce de donner à voir une forme ouverte aux interprétations, délibérément ambiguë et polysémique. Or la science classique n’entend donner aux choses de la pensée qu’une taxonomie univoque et normée. En tant qu’artiste-chercheur en sciences de gestion, je relativise ces conventions selon leurs contextes de production, de réception et de situation. Je restreins cependant le champ selon un plan le moins large et le plus profond possible. Je me suis donc efforcé de me conformer aux règles académiques, en usant de cette contrainte non comme une frustration mais comme d’un véritable appui. Vient ensuite une difficulté d’ordre culturel : les références sur l’art relèvent de l’esthétique, les auteurs en sciences de gestion qui s’y intéressent vont y chercher de quoi importer de nouveaux modèles d’organisation sous forme allusive, comparative ou métaphorique, avec toutes les réductions voire les contresens que cela suppose. J’essaie donc de relier respectueusement ces deux corpus, mais comme chacun sait, certaines rives demandent pour les rapprocher de lancer d’audacieuses passerelles. Ce risque assumé fait partie du projet. Enfin s’ajoute à cela une difficulté d’ordre cognitif : relier le rationnel et le sensible n’a rien d’évident, surtout quand on passe de l’expression du concret aux notions abstraites. C’est là le sujet sous-jacent au projet de thèse : la gestion est une pensée à l’œuvre et pour cette raison peut parfois prétendre atteindre une forme d’art. Quel est cet art du management aujourd’hui ? La thèse contribuera à sa façon, nous l’espérons, à le rendre davantage visible et intelligible à ses praticiens eux-mêmes.

Ce projet de thèse a pour but de clarifier le sujet et préciser le champ de cette recherche. Il doit aussi développer sous forme de sommaire le raisonnement, les appuis théoriques mobilisés, la posture épistémologique choisie et la méthodologie employée. Nous traiterons ici des formes récentes et nouvelles de la critique artiste du management contemporain. Nous nous attacherons à en dessiner les perspectives et les limites. Les entreprises critiques (« critical companies ») sont ainsi une catégorie d’entreprises créées et développées par des artistes en vue de mettre en exergue leur regard sur l’économie en général ou un aspect du management en particulier. Nous avons choisi de restreindre cette critique artiste au seul cadre des entreprises critiques.

Afin d’en renouveler la description voire la typologie et d’en permettre une meilleure compréhension par le prisme des sciences de gestion, nous nous intéresserons alors parallèlement aux évolutions de la définition de l’organisation ou de la firme contemporaine. Cela nous permettra, séparément de la critique sociale actuelle, de dégager les orientations pour une critique artiste autonome sous sa forme entrepreneuriale. Parmi les sujets suscitant la critique du management, il nous fallait distinguer une mise en question qui caractérise les aptitudes requises aussi bien des managers et des artistes et dont la résonance s’amplifie dans les luttes sociales comme dans le débat public : la gestion, ses fins, ses moyens, ses modes, dans et face à une situation incertaine voire critique. Nous concentrerons donc l’expression de la critique artiste sur une thématique du management comme l’incertitude et la gestion des situations de crise.

Alors, afin de délimiter un terrain de recherche, nous enquêterons pour étudier deux cas d’entreprise en situation : une entreprise dite « en situation de crise » et une entreprise critique. De là, après avoir tracé les lignes de ce que pourrait être une entreprise critique contemporaine traitant de la crise, un protocole de recherche expérimentale pourra être rédigé. Il restera alors à conduire, décrire puis analyser cette expérience de gestion appliquée sous la forme d’une entreprise artiste critique."

Si ce projet vous intéresse, contactez-moi, je vous ferai parvenir le document complet.

Je ne vous cache pas qu'il me tarde de mener une expérience de création plus concrète. En attendant de lancer la SMAF, "sensemaking metaphoric artefact firm", je vais peut-être remettre les mains dans la patouille. Bonjour chez vous !